Soirée Aïda du 6 février


PROGRAMME

Directeur Musical au Gran Teatre del Liceu de Barcelone, le chef catalan Josep Pons revient à la Halle aux grains diriger l'Orchestre national du Capitole de Toulouse à travers deux chefs-d'œuvre de Francis Poulenc qui évoquent tantôt les pleurs de Marie endeuillée, tantôt un Dieu en majesté. Dans les deux cas c'est tout l'art choral et le raffinement de Francis Poulenc qui est à l'œuvre dans le Stabat Mater et le Gloria. Deux sacrées... pièces sacrées !
 

Francis POULENC (1899-1963)
Gloria (1960)
1. Laudamus te
2. Domine Deus
3. Domine fili unigenite
4. Domine Deus, Agnus Dei
5. Qui sedes ad dexteram Patris

Durée : 25 minutes
 

Francis POULENC (1899-1963)
Stabat Mater (1950)
1. Stabat mater dolorosa (Très calme) - Chœur
2. Cujus animam gementem (Allegro molto - Très violent) - Chœur
3. O quam tristis (Très lent) – Chœur a capella
4. Quæ mœrebat (Andantino) - Chœur
5. Quis est homo (Allegro molto - Prestissimo) – Chœur
6. Vidit suum (Andante) Soprano (ou mezzo-soprano) - Chœur
7. Eja mater (Allegro) - Chœur
8. Fac ut ardeat (Maestoso) - Chœur a cappella
9. Sancta mater (Moderato - Allegretto) - Chœur
10. Fac ut portem (Tempo de Sarabande) Soprano - Chœur
11. Inflammatus et accensus (Animé et très rythmé) - Chœur
12. Quando corpus (Très calme) Soprano – Chœur

Durée : 35 minutes
 

DISTRIBUTION

Josep PONS, direction
Lauranne OLIVA, soprano

Orchestre national du Capitole

Orfeón Donostiarra
José Antonio Sainz Alfaro, 
chef de chœur

 

BIOGRAPHIES

Lauranne Oliva

Née en l'An 2000 dans la région de Perpignan, la soprano franco-catalane Lauranne Oliva, est d’ores et déjà sollicitée par de grands orchestres et maisons d'opéra. Elle a été nominée dans la catégorie « révélation lyrique » aux Victoires de la Musique classique 2024.

Après ses études au Conservatoire de Perpignan, dans la classe de chant de Christian Papis, elle a rejoint l'Opéra Studio de Strasbourg et a remporté plusieurs prix, notamment aux Nuits Lyriques à Marmande (2020), au Paris Opera Competition et à Voix Nouvelles, en Suisse (2023).

Lauranne Oliva a rapidement commencé à se produire dans le rôle de Susanna dans Les Noces de Figaro, ainsi que dans de grandes œuvres chorales telles que La Création de Haydn, la Missa solemnis de Mozart et le Stabat Mater de Schubert. Elle a fait des débuts brillants dans des rôles écrits par Monteverdi, La Musicà et Euridice dans L'Orfeo, La Fortuna et Giunone dans Le Retour d'Ulysse, et enfin Drusilla dans Le couronnement de Poppée, notamment sous la direction de Raphaël Pichon et dans la mise en scène d'Evgeni Titov à l'Opéra du Rhin.

Au cours de la saison 2023/2024, Lauranne Oliva a incarné Ellen dans Lakmé à l'Opéra de Nice et à l'Opéra du Rhin (mise en scène de Laurent Pelly), Pamina au Théâtre des Champs-Élysées dans La Flûte enchantée (mise en scène par Julie Depardieu), Lipi dans Kublai Khan de Salieri au Theater an der Wien (production Christophe Rousset/Rafael Villalobos) et Louise de Charpentier à l'Opéra-comique de Paris (mise en scène Héloïse Sérazin).

La saison 2024/2025 a été celle de son épanouissement : Lauranne Oliva a interprété Dalinda dans Ariodante de Haendel à l'Opéra du Rhin (Christopher Moulds/Jetske Mijnssen), Aspasia dans Mitridate de Mozart à l'Opéra de Lausanne (Andreas Spering), puis Ismène dans la même œuvre à l'Opéra de Montpellier (Philippe Jaroussky). Au Théâtre des Champs-Élysées, elle a chanté Le Messie de Haendel et le Stabat Mater de Pergolèse, sous la direction respective d'Hervé Niquet et Vincent Dumestre. Elle a fait ses débuts au Festival d'Aix-en-Provence dans le rôle-titre de La Calisto de Cavalli (production Sébastien Daucé/Jetske Mijnssen).

Parmi les temps forts de 2025/2026, on peut citer plusieurs événements importants dans des salles prestigieuses : débuts avec l'Orchestre philharmonique de Berlin et Emmanuelle Haïm ; Morgana dans Alcina de Haendel avec Philippe Jaroussky, Kathryn Lewek et Carlo Vistoli (Paris, Barcelone, Montpellier) ; Norina dans L'Elixir d'amour de Donizetti à l'Opéra de Toulon ; Rozenn dans Le Roi d'Ys de Lalo à l'Opéra du Rhin dans une mise en scène d'Olivier Py ; Poppea dans Agrippina de Haendel à l'Opéra de Rouen avec Christopher Bates et Robert Carsen.



Josep Pons

Né en 1957 en Catalogne, Josep Pons est considéré comme le principal chef d'orchestre espagnol de sa génération. Il entretient des relations étroites avec l'Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, l'Orchestre de Paris, l'Orchestre symphonique de la NHK de Tokyo, la Deutsche Kammerphilharmonie Bremen (la Philharmonie de chambre allemande de Brême), l'Orchestre symphonique de la BBC, avec lequel il a réalisé de nombreux enregistrements et s'est produit aux BBC Proms de Londres, et l'Orchestre national du Capitole de Toulouse, dont il est un hôte régulier.

En 2025/2026, Josep Pons inaugure son mandat de chef d'orchestre et directeur artistique de la Deutsche Radio Philharmonie de Sarrebruck. À travers différents programmes, intitulés « Le Cœur de l'Europe », il explorera les relations entre l'orchestre et la société.

Chef très réputé à l'opéra, Josep Pons a été directeur musical du Gran Teatre del Liceu, et continue de diriger des œuvres cette saison dans la prestigieuse institution de Barcelone, telles que Manon Lescaut de Puccini, Falstaff de Verdi et La Petite renarde rusée de Janáček. Ces dernières saisons, il a dirigé Eugène Onéguine, Carmen, Le Messie, Le Château de Barbe-Bleue, mais aussi Don Pasquale, Macbeth, Parsifal, Ariadne auf Naxos, Pelléas et Mélisande, Wozzeck, Don Giovanni, Elektra, Roméo et Juliette de Gounod, Oedipus Rex de Stravinski, Kátja Kabanova de Janáček, Le Sacre avec le Ballet Sasha Waltz & Guests, des ouvrages contemporains comme Lessons of Love and Violence de George Benjamin, ou encore la première mondiale de L'Enigma de Lea de Benet Casablancas. 

Josep Pons est chef d'orchestre honoraire de l'Orchestre national d'Espagne, après en avoir considérablement accru la notoriété internationale, au cours de ses neuf années comme directeur artistique. Il est également chef d'orchestre honoraire de l'Orchestre de Grenade.

La discographie de Josep Pons compte plus de 50 CD et DVD, publiés pour la plupart par Harmonia Mundi et Deutsche Grammophon, et comprend des enregistrements de Falla et du répertoire français considérés comme des interprétations de référence. Son album Noches en los jardines de España avec le pianiste Javier Perianes a remporté un Choc de la Musique,Melancolía avec la soprano Patricia Petibon a reçu un prix de Gramophone, et sa collaboration avec le guitariste Tomatito lui a valu un Latin Grammy. Son enregistrement de la Sinfonia de Berio et des 10 frühe Lieder de Mahler/Berio avec l'Orchestre symphonique de la BBC et Matthias Goerne a remporté le BBC Music Award, le Choc de la musique, les Echo Klassik et les ffff de Télérama. Sa dernière parution chez Harmonia Mundi est l'enregistrement en direct de l'opéra de Granados, Goyescas, avec l'Orchestre symphonique de la BBC.

Josep Pons a entamé sa formation musicale à la prestigieuse Escolanía de Montserrat, fondée en Catalogne au XIIe siècle. L'étude intensive de la polyphonie et de la musique contemporaine dans ce centre ont considérablement marqué son développement musical et intellectuel.

Il a reçu en 1999 le Prix national espagnol de la musique pour son travail exceptionnel sur la musique du XXe siècle. En 2019, il a obtenu le titre de docteur honoris causa de l'Université autonome de Barcelone, ainsi que la Médaille d'or du mérite des beaux-arts, décernée par le Ministère espagnol de la culture.

 

PRÉSENTATION DES ŒUVRES

Un jour de feu

« Je suis religieux par instinct profond et par atavisme. » confia Francis Poulenc au  journaliste Claude Rostand en 1953. « Il me semble tout naturel de croire et de pratiquer. Je suis catholique, c’est ma plus grande liberté. Cependant la douce indifférence de ma famille maternelle m’a tout naturellement conduit à une longue crise d’oubli religieux. De 1920 à 1935, je me suis, je l’avoue, fort peu soucié des choses de la foi. » Pour que l’éminent membre du Groupe des Six et proche du mouvement surréaliste revienne à la foi de son enfance, inculquée par son père – un Aveyronnais croyant « magnifiquement, sans étroitesse » – il faudra un accident et une rencontre.

En 1936, Francis Poulenc coule des jours studieux en Corrèze, à Uzerche, dans la maison de son ami, le chanteur Pierre Bernac. Il tente d’oublier la mort de l’un de ses frères musiciens, le compositeur et critique musical Pierre-­Octave Ferroud qui vient de disparaître à l’âge de 36 ans dans un accident de voiture, en Hongrie. Parce que le deuil lui est impossible, Poulenc demande à  Bernac de le conduire dans un lieu sacré situé non-loin de là. Direction Rocamadour, village haut-perché du Lot qui accueille, au sommet d’un pic vertigineux, une cité médiévale et céleste. Au cœur de cette ville sacrée, se cache une chapelle renommée pour sa Vierge noire et l’enfant qu’elle porte dans ses bras. C’est une petite statue en noyer du 13e siècle, peinte en noire de la tête au pied et qui serait capable de réaliser des miracles. Elle serait en effet capable, selon les pèlerins qui grimpent à genoux les 216 marches menant au maître-hôtel, d’entendre les prières, d’accomplir les rêves, de répondre aux suppliques. Face à cette incarnation de la mère de toutes les mères, Francis Poulenc médite sur la mort récente de son ami. « La décollation atroce de ce musicien si plein de force m’avait frappé de stupeur. » confie Francis Poulenc à Claude Rostand : « Songeant au peu de poids de notre enveloppe humaine, la vie spirituelle m’attirait à nouveau. Rocamadour acheva de me ramener à la foi de mon enfance. » Cette année-là, Francis Poulenc compose les Litanies à la Vierge noire (1936), sobres et émouvantes comme la statue inspiratrice. D’autres œuvres de Poulenc, placées sous la protection de la Vierge de Rocamadour, suivront.

 

Stabat Mater (1950)

Stabat Mater dolorosa, iuxta Crucem lacrimosa, dum pendebat Filius. « La Mère se tenait, dans la douleur, près de la croix, en larmes, tandis que son Fils était suspendu. » Comme l’indiquent les premiers mots de l’hymne médiéval du Stabat Mater attribués au poète franciscain Jacopone da Todi (1230-1306), le texte de cette prière évoque la douleur insupportable de la Vierge Marie pleurant la mort de son fils Jésus expirant son dernier souffle sur la Croix.

En 1950, Francis Poulenc se tient à nouveau, en songe, devant la Vierge noire. Il pleure cette fois la disparition d’un autre proche disparu très jeune, à l’âge de 46 ans, le peintre et costumier Christian Bérard. La disparition de celui qu’il nommait « Bébé » est le point de départ d’une nouvelle composition de Francis Poulenc dédiée à la Vierge de Rocamadour. Composée en l’espace de trois mois seulement entre août et octobre 1950, cet hymne est écrit pour soprano solo, chœur mixte et orchestre. Francis Poulenc en est très fier comme il l’avoue à sa confidente, Simone Girard : « Il faut avoir le nez sur la musique pour se rendre compte de la sublimité de cette œuvre ». Un enthousiasme que l’on retrouve également dans ces mots adressés au baryton Pierre Bernac : « Je l’ai fini tellement sur mes nerfs que je me demandais si je ne m’abusais pas sur ses mérites. Un froid coup d’œil m’a prouvé, ce matin, que c’est bien parce que profondément authentique ».

Le premier coup de génie et d’authenticité du Stabat Mater peut s’entendre au tout début de l’œuvre. Sous le souffle des bois mimant l’orgue, sur une ligne de basse descendant au tombeau, les cordes déploient une sorte d’arpège mélancolique. On imagine une procession, une marche funèbre, on pense aux grands Stabat Mater du passé, ceux baroques de Charpentier, des Scarlatti ou de Pergolèse ou plus simplement à un grandiose chant de pèlerins grimpant en haut de Rocamadour lorsque les voix de basse entonnent le début du texte sacré : « Stabat Mater dolorosa iuxta Crucem lacrimosa », « La Mère se tenait, dans la douleur, près de la croix, en larmes ». Ce lamento va petit à petit être coloré par des accords et des harmonies lumineuses, d’un immense raffinement comme pour évoquer la progressive acceptation du sacrifice du fils, la tendresse et l’amour sans fin de la Vierge pour son enfant-dieu. Passées les séquences oscillant entre violence, sobriété et douceur pastorale, illustrant chacune le texte et les états psychologiques de Marie, vient le final assourdissant du Stabat Mater. Aux lamentations du chœur, pleurant sur les mots « Quando corpus morietur fac ut animæ donetur », « À l’heure où mon corps va mourir, fais que soit donnée à mon âme » répond de manière saisissante, puissante comme un cri, la voix de la soprano chantant : « paradisi gloria », « la gloire du Paradis ». Est-ce la voix de Marie, acceptant finalement son destin, qui perce, surpuissante à travers l’orchestre et le chœur ? C’est en tout cas une vibrante prière que l’on imagine adressée par Francis Poulenc à la Vierge noire afin qu’elle protège l’âme du jeune défunt Christian Bérard, son « Bébé ».

 

Gloria (1960)

Dix ans après la création pleine de succès de son Stabat Mater, Francis Poulenc se lance dans l’une de ses dernières œuvres sacrées. Comme l’écrit très justement Hervé Lacombe, spécialiste du compositeur : « Si le Stabat est un chœur a cappella coloré par l’orchestre, le Gloria est abordé comme une grande symphonie chorale », c’est-à-dire une œuvre qui laisse une place plus importante à l’orchestre, traité non plus comme un accompagnateur mais à égalité avec le chœur. Composé pour un effectif similaire à celui du Stabat Mater, le Gloria ne connaîtra pas la même adhésion du public. En effet, lors de la création en 1961 à Boston de cette pièce appelée à devenir l’une des plus populaires de Francis Poulenc, le public ne goûte que peu la joie sans borne de la partition et soupçonne même le compositeur d’irrévérence dans son traitement du texte religieux ! Cette réaction peut s’entendre, Poulenc lui-même ne disait-il pas avoir composé sa pièce en pensant : « à ces fresques de Gozzoli où les anges tirent la langue. Et aussi à ces graves bénédictins que j’ai vus un jour jouer au football. » L’allégresse et le caractère très hétéroclite de la partition apparaissent aux portes de ce sanctuaire composé à la gloire de Dieu avec une fanfare en notes pointées qui évoque tout à la fois les ouvertures et les messes baroques françaises qu’une mélodie extraite de la Sérénade en la (1925) d’Igor Stravinski. Francis Poulenc pense peut-être aussi au célèbre Gloria RV 589 (1715) d’Antonio Vivaldi lorsqu’il invite le chœur à scander les mots éponymes du texte liturgique « Gloria, Gloria ! ». À côté des fausses notes volontaires et des cuivres sonores chantant, selon Poulenc, des « couleurs primaires, très vives – brutales et violentes comme la chapelle provençale de Matisse » résonnent aussi des passages pleins de recueillement. Songeons aux intimes et bouleversants airs de soprano chantant « Domine Deus » ou encore à l’« Amen » final de la partition qui achève cette prière pleine de vie dont Poulenc était très fier. Ne disait-il pas, très justement : « Le Gloria est certainement ce que j’ai fait de mieux. Il n’y a pas une note dans les chœurs à changer. L’orchestration est merveilleuse (la fin, entre autres choses, est étonnante)… Il m’a donné une confiance dont j’avais cruellement besoin. »

Max Dozolme

 

Orchestre
06
février
2026