Interview - Sandrine Tilly
Nous avons eu le plaisir d'échanger avec Sandrine Tilly, flûte solo de l'Orchestre national du Capitole, à propos du prochain concert de musique de chambre Aïda. Elle se produira à cette occasion aux côtés de Bobby Cheng, Floriane Tardy, Guillaume Brun, Thibault Hocquet et Anne Le Bozec.

Sandrine Tilly, vous êtes flûte solo de l’Orchestre national du Capitole depuis l’âge de 23 ans, pourriez-vous nous présenter votre parcours ?
Je suis originaire de la région de Tours, où j’ai commencé la flûte à onze ans avec une professeure incroyable, Isabelle Ory, qui m’a donné des bases très solides tout en encourageant ma musicalité. J’avais fait un peu de piano avant de commencer la flûte, mais je voulais jouer de la flûte depuis toujours pour jouer avec d’autres. J’ai le souvenir que je voulais être flûtiste professionnelle avant même d’avoir commencé à apprendre à jouer de cet instrument… Pourquoi la flûte ? Je ne sais pas trop ! Je jouais de la flûte à bec et des flûtes des Andes dans la cour de l’école. Mes copains devaient me trouver un peu bizarre.
À 17 ans, je suis entrée au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. J’y ai obtenu les premiers prix de flûte et de musique de chambre. C’est là que j’ai rencontré Anne Le Bozec, avec qui j’ai exploré le répertoire flûte et piano. Ensuite, j’ai obtenu mon premier poste de flûte solo à Metz et j’ai été nommée quelques mois plus tard à l’Orchestre national du Capitole.
Les membres d’Aïda auront le plaisir de vous retrouver le 20 mai prochain à l’occasion d’un concert de musique de chambre, pourriez-vous nous présenter le programme ?
C’est un programme de musique française qui se veut varié. Il explore plusieurs styles et formations. Ce projet était avant tout pour moi l’occasion de permettre la rencontre entre mes chers collègues solistes de l’Orchestre national du Capitole et ma pianiste de toujours, Anne Le Bozec.
Au menu de ce concert, cinq compositeurs : Camille Saint-Saëns, compositeur romantique, connu pour son Carnaval des animaux ; Francis Poulenc dont le style très personnel est reconnaissable entre tous ; Albert Roussel, qui était aussi un marin et un grand voyageur. Nous vous inviterons également à découvrir la pièce d’une compositrice du 19e siècle, Louise Farrenc, qui a été l’une des rares femmes à pouvoir exercer son talent à cette époque, ainsi qu’Aymé Kunc qui dirigea le conservatoire de Toulouse pendant trente ans à partir de 1914. Il y aura plusieurs sextuors, une romance pour cor et piano et une pièce pour flûte et piano.
La préparation du concert a été courte mais intense. Comme il est très difficile de trouver un lieu accueillant un piano et suffisamment grand pour travailler à six, nous avons opté pour un week-end en résidence en Aubrac, dans un lieu magique qu’Anne a aménagé en petit auditorium. Deux journées remplies de musique, de travail précis mais aussi de temps passé ensemble à faire encore plus connaissance et à refaire le monde !
On parle parfois d’une « école française des bois » qui auraient une identité sonore très reconnaissable. Est-ce une réalité selon vous et si oui, comment définiriez-vous cette spécificité ?
Cette école est à mon sens caractérisée par une sonorité des bois brillante et raffinée, riche en couleurs subtiles ainsi qu’une grande variété et une qualité d’articulation, de « prononciation ». Les compositeurs français tels que Ravel ont d’ailleurs largement utilisé ces qualités et caractéristiques dans leur musique. L’école française des bois est reconnue depuis longtemps dans le monde entier et les classes d’instruments à vent dans les conservatoires supérieurs sont extrêmement recherchées par les étudiants de toutes nationalités. Grâce à de grands pédagogues, cette école des bois français s’est exportée. C’est une réelle référence au niveau international.
La musique de chambre occupe une place importante dans votre vie professionnelle, notamment à travers vos collaborations avec le percussionniste Jean-Sébastien Borsarello et la pianiste Anne Le Bozec. En quoi l’expérience de la musique de chambre nourrit-elle votre jeu au sein de l’orchestre, et inversement ?
Jouer en orchestre, à l’opéra, c’est embrasser un répertoire immense, se mêler à tous les instruments, développer une sonorité ample pour passer dans les grandes salles, écouter l’ensemble des instruments et faire des propositions musicales tout en suivant la rigueur imposée par le chef.
En musique de chambre, pas de chef et peu d’instruments sur scène donc l’écoute, les réflexes, le répertoire sont différents. Mon duo avec Anne est une partie très importante de ma pratique musicale. Nous avons commencé à jouer ensemble à 17 ans et ne nous sommes pas quittées. C’est ma sœur de musique ! Je pense que nous avons exploré la majeure partie du répertoire pour flûte et piano, ainsi que pour flûte, piano et autres instruments, en effectuant un travail très construit et profond. Avec Jean-Sébastien, c’est complètement autre chose : nous aimons beaucoup jouer ensemble, mais peu d’œuvres sont originalement écrites pour flûte et marimba/percussion. Nous cherchons, transcrivons, passons commande même ! C’est un univers sonore complètement différent. Par nature, chaque expérience nourrit l’autre. J’enseigne aussi et le fait d’expliquer m’apporte énormément !
Dans quelques semaines, l’Orchestre national du Capitole se produira dans les plus belles salles du Japon dans le cadre d’une grande tournée. Que ressentez-vous à l’approche de ces concerts et pourquoi les tournées sont-elles particulièrement importantes dans un parcours de musicien d’orchestre ?
Beaucoup d’excitation, de l’impatience, un peu de stress… Les tournées sont des expériences extrêmement importantes pour renforcer les liens avec le directeur musical. Ce sont des moments où les musiciens se consacrent totalement à l’orchestre, loin des contraintes quotidiennes. Ce sont aussi des moments forts humainement, car les musiciens passent beaucoup de temps ensemble, c’est l’occasion de rencontrer de nouvelles personnes dans l’orchestre et de créer des liens. Artistiquement, le fait de jouer dans les plus belles salles du monde est très inspirant. Chaque soir, une nouvelle salle, de nouveaux repères acoustiques et une nouvelle image sonore. Les musiciens doivent s’adapter et réagir rapidement. C’est une des aptitudes nécessaires à la progression de chacun individuellement et du groupe en tant qu’entité.
Depuis sa création, le Cercle d’Entreprises d’Aïda a pour mission de soutenir le rayonnement de l’Orchestre national du Capitole. Que souhaiteriez-vous dire aux entreprises qui s’engagent à nos côtés et qui attendent avec impatience, concert après concert, de retrouver les musiciens de l’Orchestre ?
Tout d’abord, merci d’être à nos côtés ! Je pense que chaque musicien de l’Orchestre a conscience de l’importance du soutien des entreprises et a à cœur de se produire pour nos mécènes. Nous avons tant à nous apporter réciproquement. J’espère que les programmes plaisent à nos mécènes. Je leur souhaite beaucoup de bonheur à nous écouter, à entendre les œuvres qu’ils aiment mais aussi à découvrir de nouvelles pièces.
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