Interview - Olivier d'Agay


Nous avons eu le plaisir d’échanger avec Monsieur Olivier d’Agay, petit-neveu d’Antoine de Saint Exupéry et Président de la Fondation Antoine de Saint Exupéry pour la Jeunesse, mécène de l’Association Aïda. L’occasion de (re)découvrir cet auteur fascinant au prisme de son goût pour la musique et d’évoquer les projets passionnants qui nous lient !

Olivier d'Agay

Monsieur d’Agay, Antoine de Saint Exupéry est connu en tant qu’écrivain et pilote passionné mais peu de personnes savent qu’il était également très mélomane. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur le rapport qu’Antoine de Saint Exupéry entretenait avec la musique ?

Olivier d'Agay : Les rapports qu'entretenait Antoine de Saint Exupéry avec la musique étaient assez étroits puisqu'il jouait du violon. Il a été élevé par sa mère - son père étant décédé lorsqu'il avait 4 ans - dans un environnement où la culture avait une place importante : la littérature, le théâtre et la musique étaient consubstantiels à l'éducation de la fratrie. Ils savaient tous lire le solfège et faisaient des concerts familiaux depuis leur plus jeune âge. C'était un plaisir pour eux de jouer en famille. Cette tradition ne s'est pas beaucoup perpétuée mais était très vivante au début du XXème siècle. Antoine s'est ensuite désintéressé de la pratique musicale mais il aimait amuser ses amis. C'était un magicien avec un charisme incroyable, il prédisait l'avenir avec des cartes de tarot et faisait courir une orange sur le clavier du piano pour parodier Debussy. C'était quelqu'un pour qui Bach était l'Alpha et l’Omega de la musique parce que c'était la perfection absolue. Le côté mathématique de la musique l'attirait beaucoup mais le côté spirituel également puisqu'il aspirait à une spiritualité profonde. Il disait : « Mon rêve c'est d'être moine jardinier à la Trappe. » Il cite aussi Mozart dans Terre des hommes, le Mozart assassiné qui est finalement en chacun de nous. Est-ce qu'il s'intéressait au jazz ? Nous n'avons pas de trace écrite. Il est allé aux États-Unis et a dû entendre cette musique mais je pense que ce n'était pas tout à fait son style, même si c'était quelqu'un d'assez iconoclaste qui s'intéressait à la modernité, aux sciences, aux gadgets de la vie courante. Il détestait Paul Morand, auteur de son époque qui lui adorait le jazz. Il a également dû entendre des musiques traditionnelles arabes dans le désert et avec les tribus, il parle beaucoup de danse dans Citadelle et qui dit danse dit musique !
 

Dans le cadre du Festival de Toulouse, Ibrahim Maalouf et l’Orchestre national du Capitole s’associent à l’occasion de deux concerts-événements qui se dérouleront les 4 et 5 juillet prochains. Une création mondiale sera présentée au public en mémoire d’Antoine de Saint Exupéry. En quoi cet hommage musical est-il important pour vous ?

Ibrahim Maalouf est un monument de la musique et c’est très valorisant pour nous que quelqu'un d'aussi talentueux fasse ici à Toulouse cette création. Sa personnalité compte aussi beaucoup, on retrouve chez lui des valeurs « exupériennes », notamment le partage. La présence de l'ONCT renforce nos liens avec Toulouse et la présence d’Ibrahim renforce nos liens avec le Liban. La force d’Ibrahim Maalouf c’est également son rayonnement auprès des jeunes. Quand je parle de ce projet, tous les jeunes sont enthousiastes, ils apprécient Ibrahim Maalouf et ils en parlent. Cette création nous permet de toucher les jeunes et un public international. C'est exceptionnel !
 

Antoine de Saint Exupéry avait 26 ans lorsqu’il est arrivé à Toulouse pour faire ses débuts en tant qu’aviateur en 1926. Comment définiriez-vous le lien qu’Antoine de Saint-Exupéry entretenait avec la Ville Rose ?

Antoine de Saint Exupéry ne serait pas ce qu'il est devenu sans l'Aéropostale, sans son apprentissage à Toulouse. Il trouvait néanmoins que la ville était un peu trop calme et avait le sentiment que les habitants ne comprenaient pas la portée de l'épopée qu'il était en train de vivre à travers l'Aéropostale. Mais tout a démarré ici à Toulouse et l'ambiance au Grand Balcon était formidable. 

L’héritage de Saint Exupéry à Toulouse est par ailleurs très important. À travers la Fondation, nous essayons d'expliquer que l'origine du dynamisme actuel de Toulouse c'est 1918 et la création de la première usine montée par Pierre Georges Latécoère. Cette histoire est importante car elle véhicule des valeurs qui expliquent qu'un Airbus est aujourd'hui plus performant qu'un Boeing. Antoine de Saint Exupéry a raconté le métier de l'intérieur, ce qui lui a été reproché après la publication de Vol de nuit. Les pilotes lui ont tourné le dos en lui reprochant de se faire de la publicité sur leur dos. Il a arrêté d'écrire et ce sont les américains qui 8 ans plus tard l'ont convaincu de publier ses textes. 

Il est également important d'associer Saint Exupéry au centre d'innovation du B612, temple de la recherche aéronautique et spatiale de Toulouse et plus largement du monde. Car Antoine de Saint Exupéry était aussi un scientifique. Aujourd'hui, il n'y a pas un astronaute qui ne soit pas fan de Saint Exupéry dans le monde. Thomas Pesquet a été le parrain du premier concours d'écriture depuis l'espace lancé par la Fondation et notre nouvel ambassadeur est aujourd'hui Philippe Perrin qui fut le premier, en 2002, à emmener le livre Le Petit Prince dans l'espace.
 

Depuis 2023, la Fondation Antoine de Saint Exupéry pour la Jeunesse soutient le programme de Mécénat Solidaire de notre Association. Pour quelle(s) raison(s) l’accès à la culture de la jeunesse est-il particulièrement important pour vous ? Pourriez-vous nous présenter les principaux axes de votre Fondation ?

L'accès à la culture est très important et aide les enfants à éveiller leur conscience. C'est fondamental de donner accès à la musique, non pas pour former les musiciens de demain, les conservatoires le font très bien. Ce qui est important c'est d'aider les jeunes à s'éveiller, la musique peut les aider à avoir de l'ambition, à avoir confiance en eux et une meilleure image d'eux-mêmes. Il me semble que cela se ressent aussi dans les résultats scolaires, ce qui est une très bonne chose ! 

Avec la Fondation, nous avons également développé de nombreux projets à destination de personnes en situation de handicap et cela nous tient vraiment à cœur. Le Petit Prince est le premier livre le plus traduit en braille dans le monde. Il s'agit aussi de l'œuvre la plus adaptée au monde sous toutes les formes artistiques. Il y a 5 opéras inspirés par Le Petit Prince programmés systématiquement dans le monde, il y a aussi des ballets, des comédies musicales, des créations musicales… La musique et Le Petit Prince partagent cette dimension universelle, et avec ces deux supports on a une magnifique occasion de "créer des liens". 

 

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07
juin
2024