Concert Aïda du 18 avril

 

PROGRAMME

Attention, événement : l’immense Frank Peter Zimmermann revient à Toulouse après dix ans d’absence ! Le violoniste allemand donnera l’un des concertos les plus célèbres, celui de Brahms, un authentique monument pour la première partie de ce concert. La seconde partie sera consacrée à la « Cinquième symphonie » de Brahms, qui n'est autre que son Quatuor avec piano en sol mineur, orchestré par Schoenberg. Un programme tout Brahms, intense et rêveur, classique et romantique, germanique et... tzigane.
 

Johannes Brahms (1833 - 1897)
Concerto pour violon en ré majeur, op. 77
Quatuor en sol mineur, op. 25, orchestré par Arnold Schoenberg

Durée approximative du concert : 1h50
 

DISTRIBUTION

Frank Beermann, direction 
Frank Peter Zimmermann, violon


BIOGRAPHIES

Frank Peter Zimmermann

Zimmermann

Frank Peter Zimmermann est largement considéré comme l'un des plus grands violonistes de sa génération. Il s'est produit avec tous les grands orchestres du monde, notamment l'Orchestre philharmonique de Berlin, avec lequel il a fait ses débuts en 1985 sous la direction de Daniel Barenboim, l'Orchestre philharmonique de Vienne, avec lequel il a joué pour la première fois en 1983 sous la direction de Lorin Maazel lors du Festival de Salzbourg, l'Orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam, tous les orchestres londoniens, ainsi que tous les grands orchestres américains. Il est régulièrement invité par les plus prestigieux festivals de musique, tels que Salzbourg, Édimbourg et Lucerne.

Ces dernières années, il a donné des récitals avec les pianistes Martin Helmchen et Dmytro Choni. Avec Antoine Tamestit (alto) et Christian Poltéra (violoncelle), il a fondé le Trio Zimmermann.

Frank Peter Zimmermann s'est constitué une très riche discographie couronnée de plusieurs prix, pour Warner Classics, BIS Records, Sony Classical, Ondine, Hänssler, Decca, Teldec et ECM. Il a enregistré la quasi-totalité des grands concertos, de Bach à Ligeti, Dean et Pintscher, les six sonates pour soliste d'Ysaÿe, les 24 Caprices de Paganini, l'intégrale des sonates et partitas pour soliste ainsi que les sonates pour violon et piano de J.S. Bach, Beethoven et Mozart.

Né en 1965 à Duisburg, en Allemagne, il a commencé à apprendre le violon avec sa mère à l'âge de cinq ans. Il a ensuite étudié avec Valery Gradov, Saschko Gawriloff et Herman Krebbers.

Il joue sur le violon Lady Inchiquin d'Antonius Stradivari de 1711, gracieusement mis à disposition par la Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen, Düsseldorf, « Kunst im Landesbesitz ».

Frank Beermann

Beermann

Le chef d'orchestre allemand Frank Beermann est reconnu sur la scène internationale grâce à ses concerts et à sa discographie riche et abondante. Sa curiosité insatiable pour des répertoires nouveaux, ainsi que son intérêt pour la réinterprétation des standards symphoniques lui ont valu de nombreux prix et récompenses, tels le Echo Klassik à deux reprises, en 2009 et 2015.

Les œuvres de Richard Wagner constituent un élément central de son travail. Ses interprétations de Tristan und Isolde, Tannhäuser, Lohengrin et Der Fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme) ont reçu un accueil enthousiaste de la critique. Ses 36 représentations de la Tétralogie, données entre 2015 et 2019 dans la ville allemande de Minden, ont également marqué les esprits. Cette performance artistique a d'ailleurs été saluée en ces termes par le magazine Crescendo, à l'occasion du Prix Echo Klassik 2015 : « Frank Beermann est l'un des meilleurs chefs d'orchestre wagnériens de notre époque ».

Ces dernières années, il s'est consacré plus intensément aux œuvres symphoniques de Richard Strauss, Gustav Mahler et Anton Bruckner. Il a ainsi ajouté à son répertoire la Neuvième Symphonie de Bruckner, dans sa version « achevée », comprenant son quatrième mouvement reconstruit.

Frank Beermann a par ailleurs dirigé des cycles symphoniques de Beethoven, Brahms, Schubert, Schumann, Mahler (à l'exception de la Huitième symphonie) et Strauss, ainsi que l'intégrale des concertos pour piano de Mozart avec Matthias Kirschnereit et l'Orchestre symphonique de Bamberg. Il s'est désormais lancé dans l'intégrale des symphonies de Mozart, qu'il dirigera sur plusieurs années dans le cadre du festival Hamm Klassiksommer.

Ses projets pour la saison 2023-24 comprennent de nombreux concerts ainsi que les opéras
Parsifal de Wagner à Minden et Die Zauberflöte (La Flûte enchantée) de Mozart à l'Opéra de Lausanne.


Frank Beermann a été Generalmusikdirektor du Théâtre de Chemnitz et chef principal de la Robert-Schumann-Philharmonie entre 2007 et 2016. Il se produit aujourd'hui à l'invitation de plusieurs ensembles internationaux reconnus, tels que récemment l'Orchestre national d'Athènes, l'Aalto Theater Essen, le Philharmonia Orchestra London et le Staatstheater Stuttgart.

Depuis ses débuts avec Parsifal en janvier 2020, il a établi une heureuse collaboration avec l’Opéra national du Capitole de Toulouse et l'Orchestre national du Capitole de Toulouse, qui a connu un nouveau point culminant en ce début d'année 2024 avec La Femme sans ombre de Richard Strauss. A propos de cette récente production, qu'il estime « miraculeuse », le magazine Diapason écrit que Frank Beermann « pétrit cette pâte somptueuse avec une ductilité généreuse, et tout autant ce qu’il faut de nerf, d’incandescence dans les cataclysmes, de douceur dans les raffinements chambristes, de vertige dans la maîtrise de l’architecture – un accomplissement, en somme ».  
 

PRÉSENTATION DES ŒUVRES

JOHANNES BRAHMS (1833 - 1897)

Brahms

Concerto pour violon en ré majeur, op. 77

L'unique Concerto pour violon de Brahms est-il seulement une montagne glacée et austère ? Ou bien mérite-t-il son surnom de « concerto hongrois » ? Le violoniste Frank Peter Zimmermann, ce soir invité exceptionnel de l'Orchestre national du Capitole de Toulouse, se souvient de sa rencontre avec le chef d'orchestre roumain, Sergiu Celibidache, à l'automne 1982. Il était venu travailler l’œuvre avec le maestro, un an avant la promesse de la donner en concert. « Celi », le vieux sage, était persuadé que ce concerto était d'ascendance noble, puissante, un peu raide. Frank Peter Zimmermann, alors âgé de dix-sept ans, reçut un cours magistral long de quatre heures, seulement consacré au premier mouvement !

« Après cela, je ne savais même pas si je devais tenir mon violon de la main droite ou de la main gauche », se souvient le soliste, sonné. D'ailleurs, le concert n'aura jamais lieu et c'est le chef Lorin Maazel qui lancera sa carrière internationale quelques mois plus tard, avec l'Orchestre philharmonique de Vienne, à Salzbourg. « À certains moments, [Celibidache] disait que Brahms s'était trompé en composant », poursuit F. P. Zimmermann, dans une interview au magazine VAN. Et le tempo... « Si lent et si cérémonial ! », se désespère-t-il. Le violoniste défendra une toute autre approche de ce concerto, qu'il hisse au sommet de son panthéon personnel.

De fait, il y a vraiment une architecture « allemande » derrière cette pièce de la maturité, que Brahms érige à cinquante-cinq ans. Grandeur, lyrisme : dès le premier des trois mouvements, l’oeuvre semble creuser la veine du Concerto de Beethoven. Les parties solistes renforcent ce sentiment de filiation et c'est toute une histoire de la musique qui s'étire alors. Car les cadences ont été rédigées par Joseph Joachim, fervent de la culture allemande, ami de Schumann et de Mendelssohn, ce dernier se rattachant lui-même à Bach... Cependant, Joachim reste aussi le complice des escapades – il accompagne Brahms à Budapest en 1867. Ainsi, ce Concerto continue de voguer en direction de l'Est, comme en atteste le troisième et dernier mouvement, l'Allegro « joyeux », une sorte de rhapsodie tzigane (ou hongroise).

La Bohème fredonne de part en part de l’œuvre. Presque en secret, extraordinairement subtile. Avant le final éclatant, le premier mouvement si beethovenien n'hésite pas à employer la « gamme tzigane » lorsque le violon entre en scène : sur cette échelle mélodique, il y a une seconde augmentée entre le fa et le sol dièse. Les imprégnations « hongroises » se poursuivent dans le deuxième mouvement, cet Adagio transpercé par le chant du hautbois : les ornementations du violon rappellent les jeux d'improvisation en Europe centrale et le compositeur Max Bruch affirmait que le thème principal provenait d'une vieille mélodie hongroise – déjà déployée par Brahms dans son Ode saphique pour voix et piano. « Vous jouez le squelette de la musique, maintenant nous allons façonner la chair », avait lancé Sergiu Celibidache à Frank Peter Zimmermann. Manquait l'épiderme : il est résolument tzigane !
 

Quatuor en sol mineur, op. 25, orchestré par Arnold Schoenberg

À mi-chemin entre l'époque des tavernes et la consécration du Concerto pour violon, Johannes Brahms s'attelle à son Quatuor pour piano et cordes opus 25. Les esquisses prennent tournure vers 1857 et la composition est achevée en 1861, exécutée pour la première fois en public à Hambourg, avec Clara Schumann au clavier. Brahms dispose quatre mouvements : un Allegro dense et charnu, un Intermezzo mélancolique et rêveur, une Andante qui rappelle le chant allemand, le Lied, et enfin un Presto noté « Rondo alla zingarese ». Ce final « à la tzigane » apporte plus qu'une coloration, une revendication.

Joseph Joachim, qui compose en plus de donner des récitals, vient tout juste d'écrire un Concerto pour violon « à la manière hongroise » et il se retrouve submergé par l'énergie de ce Quatuor. Il déclare dans une lettre à son ami Brahms : « Vous m'avez distancé sur mon propre terrain, et cela d'une distance considérable ! ». Ce Quatuor pour piano enterre la carrière de compositeur de Joachim : l'ex-professeur devient le violoniste attitré de son élève. Mais, dans son œuvre, Brahms ne s'inspire pas tant de son illustre bras droit que de Haydn, auteur d'un « Rondo tzigane » en 1795. Brahms abreuvé par la tradition « hongroise » revue et corrigée par un compositeur viennois : ce sont là les charmes et tourments d'un très riche empire !

Au siècle suivant, Arnold Schoenberg (1874-1951) arrange ce quatuor et en fait la « cinquième symphonie » de Johannes Brahms. Il convoque des instruments que Brahms n'aurait jamais personnellement usités : une petite clarinette en mi-bémol majeur, une clarinette basse et des percussions abondantes – grosse caisse, caisse claire, timbales, tambourin, glockenspiel (jeu de cloches), triangle... Là où Brahms est modéré dans ses effets, y compris lorsqu'il compose pour orchestre, Schoenberg fait claquer les cymbales dans le premier mouvement. Et là où le natif de Hambourg cherche à imiter le son mystérieux du cymbalum « perse » avec le piano dans son mouvement « tzigane », Schoenberg ose le xylophone. La porte sacrée de l'Orient se dresse de façon encore plus obsédante. Cet arrangement était une commande de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles, alors dirigé par Otto Klemperer. Le chef d'orchestre s'était établi en Californie, tout comme Schoenberg, afin d'échapper aux persécutions nazies. Le Quatuor en sol, orchestré en 1937, est joué en public pour la première fois dans cette nouvelle version l'année suivante aux États-Unis. Au moment où l'Allemagne annexe l'Autriche. L’œuvre de Schoenberg est un codicille funèbre à la partition de Brahms, le signe qu'une époque est morte, les cendres chaudes d'un empire, de ses peuples et de ses musiques jadis si enlacées et qui vont se désintégrer sous les haines et les bombes.

Pierre Carrey

 

Orchestre
08
avril
2024